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Comment déployer les TICs au service de la santé?


Paru dans le journal "La Presse", le samedi 28 juin 2008

Le secteur de la santé est caractérisé, à l’instar d’autres secteurs aussi importants, par la production, la diffusion et le partage des informations qui concernent les structures, les ressources humaines, les équipements, les activités et surtout les patients. Cependant, ces informations sont souvent mal exploitées, notamment en raison d’une mise à disposition trop lente et d’une interprétation parfois inadéquate. Certains problèmes tels que les coûts de la santé qui augmentent de plus en plus, les urgences qui débordent le plus souvent, les listes d’attente qui s’allongent davantage, la non disponibilité des médicaments dans les institutions publiques durant une bonne période de l’année, sont maintenant connus. Une bonne exploitation de cette masse d’informations complexes, lourde et coûteuse à gérer et exploiter, nécessite la conception et la mise en place d’un système d’information structuré, global et intégré : c’est le système d’information sanitaire (SIS).

En général, un système d’information est une réalité intrinsèque et valable pour toute organisation, indépendamment de toute informatisation. Mais, avec l’ère numérique que nous vivons, lorsque nous parlons du système d’information d’une structure, nous pensons directement à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication caractérisées par l’exploitation des ordinateurs et de réseaux d’ordinateurs.

Pour sa part, le système d’information sanitaire est très vaste. Il regroupe plusieurs autres systèmes d’information qui cohabitent tels que le système d’information hospitalier (SIH), le système d’information « assurance maladie », le système d’information épidémiologique, etc. Dans cette contribution, nous allons nous limiter au système d’information hospitalier, en nous basant sur les principales fonctions d’un hôpital à savoir : l’admission du patient, la planification et l’organisation du traitement du patient, la prescription, l’exécution des procédures diagnostiques ou thérapeutiques, la documentation technique, la documentation administrative et la facturation, la sortie du patient ou son transfert dans une autre institution.

Le SIH nécessite au moins trois classes de logiciels verticaux se rapportant chacune à l’un des trois systèmes suivants :

Le système d’information administratif et financier
C’est l’ensemble des applications informatiques intégrées, souvent spécifiques, permettant l’amélioration de la gestion administrative, financière et logistique dans les établissements hospitaliers.C’est l’ensemble des applications informatiques intégrées, souvent spécifiques, permettant l’amélioration de la gestion administrative, financière et logistique dans les établissements hospitaliers.

Le sous système administratif permet de gérer l’admission des malades, la gestion de leurs mouvements au sein de l’hôpital, dite « gestion opérationnelle », telle que l’affectation des lits ou la mutation entre les services, la sortie administrative des patients, la facturation des prestations médicales et para-médicales fournies au patient et des frais de séjour, etc.

Le sous système comptable et financier permet notamment d’arrêter le budget d’un établissement hospitalier et de suivre sa consommation, de préparer périodiquement les états financiers et comptables tels que le bilan annuel ou l’état de trésorerie d’un établissement, la comptabilité des fournisseurs, la comptabilité des clients, la gestion des immobilisations, etc.

Le sous système logistique couvre essentiellement la gestion des stocks des différents magasins tels que fournitures de bureau, médicaments, consommables, etc. Il peut concerner, également, les activités de blanchisserie et de restauration.

Le système d’information médico-technique et de logistique médicale

Le plateau technique, au sens large, comprend tous les plateaux d’examens tels que les laboratoires d’analyse, l’imagerie médicale, les explorations fonctionnelles et, aussi, les services de réanimation, les services de soins intensifs et les urgences. Le plateau technique, au sens large, comprend tous les plateaux d’examens tels que les laboratoires d’analyse, l’imagerie médicale, les explorations fonctionnelles et, aussi, les services de réanimation, les services de soins intensifs et les urgences.

La particularité de l’informatisation des activités de ce système réside dans son interface fortement liée avec les appareils bio-médicaux tels que les automates d’analyse, les appareils d’imagerie médicale et les centrales de surveillance des réanimations et soins intensifs. C’est pour cette raison que l’ingénieur biomédical doit susciter la réflexion sur la réorganisation des processus de soins pour que les nouvelles techniques viennent se substituer aux anciennes et non plus s’y superposer. Sa connaissance des normes, standards et capacité d’interopérabilité doit orienter les choix des responsables, lors des achats, vers des machines communicantes. Avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’ingénieur biomédical aura à jouer un rôle stratégique dans la construction du système d’information hospitalier, d’une façon générale, et du système d’information médico-technique en particulier.

Le système d’information médical et paramédical

Ce système d’information concerne essentiellement l’ensemble des documents qui retracent l'histoire des maladies d’une personne, ou de l'ensemble des épisodes ayant affecté la santé de cette personne. Ces documents sont élaborés par les professionnels de santé et peuvent être par exemple des comptes-rendus, des résultats de laboratoire ou des films radiologiques. Ils sont regroupés dans un dossier appelé « dossier médical du patient ». Ce dossier médical contient plusieurs chapitres dont notamment les antécédents, les notes du médecin, les notes des infirmiers, les lettres et comptes-rendus, les résultats des examens complémentaires (biologie, radiologie, imagerie,...) et les prescriptions médicamenteuses.

En l’absence de l’informatisation de ce dossier médical, les professionnels de santé et les établissements d’hospitalisation constatent d'importantes pertes de temps et d'importants surcoûts liés à la recherche des informations précédant un acte donné, ou à une répétition inutile d'actes si les informations étaient disponibles sans interprétation supplémentaire et en temps voulu.

Le dossier médical informatisé

C’est un projet qui, prévu dans quasiment toutes les stratégies de réforme des systèmes d’informations hospitaliers de plusieurs pays, vise à ce que chaque personne dispose d'un dossier médical informatisé reprenant tout son passé et son actualité médicale. Le dossier médical informatisé a pour objectif principal de mettre à la disposition des médecins des informations médicales comme les antécédents et les traitements en cours, en provenance d'autres médecins et définissant son profil médical de chaque patient. Il fournit au médecin traitant l'information la plus complète pour qu'il puisse proposer le traitement ou les examens les plus adaptés et également éviter des redondances inutiles d'examens ou de prescriptions, permettant des économies pour la sécurité sociale. A cet effet, tous les projets de réforme de l’assurance maladie dans le monde prévoient obligatoirement comme pré requis la constitution des dossiers médicaux informatisés des affiliés sociaux.

Les données médicales des personnes intéressent également les grandes sociétés d’envergure internationale dans le domaine de l'internet et de l'informatique. A titre d’exemple, la société Google a annoncé, au mois de février dernier, un partenariat avec l'hôpital de Cleveland aux Etats-Unis, pour tester son projet de dossier médical personnalisé. Elle propose aux patients qui le souhaitent de transférer l'ensemble des données les concernant sur ses serveurs, de façon à y accéder depuis le web en se connectant à leur compte Google. Il faut dire que Google n'est pas la seule société à proposer ce service, l'ancien fondateur d'AOL, Steve Case, a créé lui aussi une nouvelle société dédiée, baptisée Revolution Health, et le groupe InterActiveCorp a investi dans plusieurs start-up dédiées à la gestion des données médicales. Mais surtout, le géant Microsoft qui a ouvert en octobre dernier son service HealthVault permettant à l'internaute de gérer son carnet de santé en ligne.

La télémédecine

Il s'agit de la médecine pratiquée à distance. C’est une activité relativement nouvelle qui, étroitement liée à l’apparition de l’informatique et des nouvelles techniques de communication, permet d'effectuer des actes médicaux dans le strict respect des règles de déontologie mais à distance, sous le contrôle et la responsabilité d'un médecin en contact avec le patient par des moyens de communication appropriés à la réalisation de l'acte médical. Elle établit une relation de coopération à distance entre plusieurs médecins ou médecin(s) et patient(s), soit dans le but de fournir des services ou de l'information nécessaires à la pratique médicale, soit dans le but de permettre un transfert de connaissances. Elle couvre plusieurs prestations dont notamment :

- La téléconsultation ou consultation à distance, il s'agit de l'évaluation d'un patient, ou des données concernant un patient, sans interaction physique directe, via un système de télécommunication. On cite par exemple : les demandes de seconde opinion auprès d’un autre médecin, l'organisation d'une prise en charge en urgence, l'orientation d'un patient et l'arrangement d'un transfert éventuel, mais également les soins primaires si le médecin n'est pas disponible ;

- La télé-expertise ou interprétation des images médicales à distance. On peut, par exemple, interroger un spécialiste en lui transmettant les données sur le patient pour un diagnostic complémentaire. Lorsque l’expertise concerne spécifiquement une pathologie, on parlera par exemple de télécardiologie, télédermatologie ou de télépsychiatrie ;

- Le télédiagnostic ou l’aide à l’interprétation suite à un transfert des données d'un examen diagnostic. La télépathologie et la téléradiologie sont les activités les plus fréquentes et les plus développées pour ce type de prestations. On peut, par exemple, interroger un spécialiste en lui transmettant des images radiologiques sur le patient pour un diagnostic complémentaire ;

- La téléchirurgie ou chirurgie à distance où la robotique s’ajoute à l’informatique et les télécommunications pour réaliser des opérations chirurgicales à distance. la première opération à distance s'est déroulée le 7 septembre 2001, elle a consisté en l'ablation de la vésicule biliaire d'une patiente de 68 ans se trouvant au CHU de Strasbourg, tandis que le chirurgien Jacques Marescaux était à New York.

- La télésurveillance ou surveillance à domicile des patients où l’on dispose d’un appareillage particulier permettant d'enregistrer, en général à domicile, des paramètres physiologiques sur le patient puis de les transmettre au médecin. Il s'agit par exemple de surveiller un taux de diabète, une tension artérielle ou une grossesse à risque à domicile ;

- La téléformation ou télé-éducation où il s'agit d’une prestation de formation s'adressant à des étudiants ou à des professionnels de santé et par laquelle ils peuvent avoir accès à un savoir-faire ou à des connaissances, quelle que soit leur localisation. On peut mettre en place, par exemple, une base de données médicale consultable par tous et à tout moment sur le web. Les internes en chirurgie peuvent assister à des opérations sans être physiquement présents dans la salle d'opération, ce qui résout certains problèmes d'hygiène et d'organisation dans la salle d’opération.

La télémédecine permet, donc, de donner au médecin comme au patient un accès rapide à tous les spécialistes. Pour le médecin en zone rurale, en particulier, cette nouvelle pratique rompt l'isolement médical en maintenant le contact avec des équipes aux compétences pointues.

D’une manière générale, l’informatisation du système d’information hospitalier et notamment celle du dossier médical personnalisé, outre les avantages ci-dessus énumérés, reste l’une des conditions essentielles de la validité et de la pérennité de tout système d’assurance maladie, surtout lorsque la couverture sanitaire et sociale se présente comme l’un des priorités de tout développement durable.

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