: Externalisation de l'informatique
Une source de croissance et de profits
Abdelmajid MILED Ingénieur Informaticien Spécialiste en TIC |
Paru dans le journal "La Presse", le samedi 12 février 2005
Le 4 janvier 2005, la Caixa Catalunya, troisième caisse d'épargne espagnole, annonçait avoir conclu, pour la décennie à venir, un contrat d'externalisation de son informatique avec le groupe américain Accenture, y compris les opérations de maintenance, d'infrastructure, d'intégration de système et de support, pour une valeur de près de 220 millions d'euros. En Angleterre, Une vague d'externalisations a été constatée ces dernières années, avec un recours de plus en plus fréquent à des prestataires indiens pour gérer leurs centres d'appel, mais aussi pour des fonctions de back-office. A la fin de l'année 2004, l'électricien Schneider a signé un accord inédit par son ampleur : 800 personnes transférées et 1,6 milliard d'euros versés à la société Capgemini, leader français et européen en services et ingénierie informatiques (SSII), qui va gérer la totalité de son informatique pendant dix ans. Peu après, Le chimiste Rhodia a conclu un contrat de 70 millions d'euros avec Atos Origin, 2 ème SSII française, afin de transférer 70 de ses informaticiens chez cette société pour cinq ans. En Allemagne, le distributeur Karstadt, en grande difficulté, va externaliser son informatique.
Après les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, les entreprises d'Europe continentale multiplient les externalisations de la gestion de l'informatique, ainsi que d'autres fonctions telles que le traitement de la paye, la gestion des ressources humaines et la gestion des relations avec les clients. Selon le cabinet spécialisé dans l'étude des marchés informatiques IDC(International Data Corporation), le dernier trimestre 2004 a connu le plus grand nombre de signatures de tels contrats en Europe.
Comprendre l'externalisation
On considère, le plus souvent, le fait de confier une fonction, assumée auparavant par l'entreprise, totalement ou partiellement à un prestataire spécialisé comme une action de sous-traitance. Ceci est vrai dans le cas où l'entreprise garde le contrôle de la fonction et la fait exécuter par le prestataire, alors que lorsque toute la fonction, y compris le contrôle, est confiée au prestataire, avec obligation de résultat, il s'agit désormais d'externalisation. En réalité, l'externalisation couvre une palette de services et de prestations dont nous citons ci-après, les plus importants :
L'infogérance , qui consiste à confier tout ou une partie de la fonction informatique de l'entreprise à des prestataires externes spécialisés qui sont généralement des SSII. Les prestations d'infogérance varient en fonction de la taille du réseau informatique et de la prestation souhaitée. Nous pouvons toutefois distinguer quelques grands types d'infogérance à savoir :
• l'infogérance d'infrastructure qui consiste à confier la gestion du parc des équipements et du réseau informatiques à un tiers ;
• l'infogérance applicative qui consiste à confier la gestion des applications à un tiers, ceci pourrait couvrir les études, le développement,la mise en œuvre de l'exploitation, la maintenance. l'entreprise restant toujours propriétaire des logiciels ;
• L'infogérance de fourniture d'application qui permet à l'entreprise de louer un droit d'accès à l'utilisation en ligne des services d'un ensemble d'applications auprès du prestataire extérieur. Cette prestation est aussi connue par son appellation anglaise ASP( Application Service Provider) ou par son appellation française FAH(Fournisseur d'Applications Hébergées) ;
• L'infogérance globale ou totale qui regroupe aussi bien l'infogérance d'infrastructure que l'infogérance applicative, le prestataire reprenant également le personnel informatique de l'entreprise.
La TMA(Tierce Maintenance Applicative) consiste à déléguer une partie ou la totalité de la maintenance quotidienne et l'évolution des applications à un tiers.
Le BPO(Business Process Outsourcing) consiste à confier des fonctions "métiers" à un prestataire externe à l'entreprise, comme la gestion des ressources humaines, de la formation, de la comptabilité, des opérations financières ou de la relation avec le client.
Le BPO est considéré comme l'étape suivante en matière d'externalisation. Les clients considèrent le BPO plus complexe et plus contraignant et estiment qu'il comporte plus de risques que l'externalisation de l'informatique.
Les prestataires de service BPO semblent provenir de deux filières. Il s'agit soit de fournisseurs de services d'externalisation de l'informatique, soit de fournisseurs spécialisés dans les services des affaires ou "business services".
Aux Etats-Unis et en Angleterre, les entreprises donnent volontiers les clés de leur informatique à un "maître d'œuvre" quitte à ce que ce dernier sous-traite à son tour certaines fonctions à d'autres SSII. Par contre en Europe, pour des raisons sociales, les entreprises ont encore tendance à privilégier les prestations d'infogérance sur leurs propres sites, plutôt que dans les "centres de traitement des données informatiques" des SSII. Pour des raisons stratégiques, elles préfèrent, également, n'externaliser que des parties de leur système et en garder d'autres en interne, ou confier les diverses activités (infrastructure et gros systèmes, réseaux, logiciels spécifiques...) à différents fournisseurs. C'est ainsi que l'externalisation totale, en Europe, mise à part l'Angleterre, reste très rare.
L'externalisation offshore
Avec une externalisation offshore, les prestataires se trouvent dans des pays éloignés du client, tels que l'Inde par rapport aux Etats Unis ou la Chine par rapport à l'Europe. Beaucoup de sociétés américaines ou européennes délocalisent ces temps-ci développement de logiciel, centre d'appel, tâches administratives, voire recherche et développement, vers l'Inde, la Chine et bien d'autres.
L'Inde, pays privilégié pour l'externalisation offshore
L'Inde a exporté en 2004 environ 12,5 milliards de dollars de logiciels et de programmes d' «infogérance», la gestion à distance de systèmes informatiques lointains. Ce qui a permis principalement à l'Inde de connaître une croissance de 50% par an de son chiffre d'affaires dans ce domaine. Technologies de l'information et services informatiques à distance emploient désormais 800 000 personnes, selon la National Association of Software and Service Companies (Nasscom). Bangalore, capitale de l'Etat du Karnataka au sud de l'Inde, est devenue le temple de l'informatique et de la haute technologie. Ainsi les trois géants de l'informatique en Inde tels que Wipro, Infosys, Tata Consultancy Services, et quelques autres venues d'ailleurs, tels que IBM, Siemens, Philips, Oracle, Microsoft, Intel, AOL, Yahoo, etc. , ont installé leur siège dans les faubourgs de Bangalore.
Le groupe français Cap Gemini, leader européen des services informatiques, compte augmenter ses effectifs en Inde afin de répondre aux demandes grandissantes d'externalisation des entreprises américaines et européennes. Il devrait employer 500 personnes, ce qui portera l'effectif du groupe à 2000 en Inde. Oracle, numéro un mondial de la base de données, compte doubler l'effectif de 3000 personnes employées dans ses deux centres de recherche situés en Inde.
D'autres pratiques d'externalisation offshore existent et consistent à faire appel à des personnes hautement qualifiées depuis leur lieu d'habitation, ou à faire travailler chez le client du personnel venant d'autres pays. Quand un américain ou un européen parle d'Offshore à domicile ou homeshore, on pense tout de suite à des développeurs indiens, russes, roumains ou tunisiens qui travaillent à distance, c'est-à-dire dans leurs pays d'origine, pour le compte de sociétés européennes ou américaines. Ces dernières ont également la possibilité de faire venir des informaticiens étrangers sur leur territoire et dans leurs locaux, tout en les rémunérant aux conditions du pays d'origine. C'est ce qu'on appelle l'offshore en régie délocalisée ou onshore . Cette pratique est très largement répandue aux Etats-Unis où elle porte le nom de "visa L-1B".
Conclusion
L'externalisation des unités informatiques résulte de la complexité croissante des technologies de l'information et de la télécommunication, ainsi que de la difficulté à disposer en permanence de collaborateurs qualifiés formés aux dernières technologies. Les décideurs connaissent aujourd'hui l'importance des systèmes d'information sur le fonctionnement optimal de leurs entreprises mais, d'autre part, la quasi-majorité d'entre eux sait, également, que cette activité ne fait pas partie du corps de métier et que les compétences et les ressources se trouvent ailleurs. C'est ainsi que l'externalisation de l'informatique, et non pas des opérations « parapluie » ou « dumping » qui n'aboutissent pas à des résultats garantis et souvent source de problèmes, pourrait assurer une rentabilité certaine aussi bien pour l'entreprise que pour les SSII . Pour les SSII, des contrats d'externalisation récurrents et souvent signés pour des années garantissent une rente pour ce secteur stratégique, même quand la conjoncture est mauvaise. Ceci leur permettra d'assurer une certaine pérennité pour se développer, créer des postes d'emploi et être concurrentiels et attractifs, surtout pour les travaux d'externalisation offshore. Pour les entreprises, les avantages directs sont tout aussi évidents dans la mesure où l'externalisation pourrait engendrer des réductions de coûts très importantes et immédiates, tout en axant leurs efforts sur leur corps de métier.