: LES LOGICIELS LIBRES
? Pourquoi et quand faut il migrer
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Abdelmajid MILED Ingénieur Informaticien Spécialiste en TIC |
Paru dans le journal "La Presse", le samedi 26 mars 2005
Plusieurs pays se déclarent de plus en plus favorables aux logiciels libres. Cette tendance touche aussi bien les pays avancés dans le domaine des TIC et riches que les pays émergents ou moins avancés et pauvres. En effet et à titre d'exemple, Le Président de la République, Zine El Abidine Ben Ali, a nommé un Secrétaire d'Etat auprès du ministre des Technologies de la communication chargée de l'Informatique, de l'Internet et des Logiciels libres. L a Malaisie a fixé, selon son schéma directeur électronique, des objectifs chiffrés tels que : 60% des nouveaux serveurs doivent être capables de faire tourner des logiciels libres, tout comme 30% des composants de l'infrastructure de type serveur de messagerie, serveur de noms de domaine, serveurs proxy, etc. L e gouvernement français a choisi dernièrement la batterie de logiciels libres SPIP-Agora en vue de le déployer sur ses sites ministériels dans le cadre de son projet d'administration électronique dont l'achèvement est prévu pour 2007.
Même Microsoft utilise les logiciels libres
Dans un e-mail expédié à des clients de Microsoft, en début 2005, Bill Gates s'est engagé à rendre Windows plus interopérable avec les environnements concurrents, une démarche qui sera intégrée au design des produits de l'éditeur. Cette orientation a été concrétisée par la mise en ligne, par Microsoft, d'un site web dédié à l'interopérabilité :
http://www.microsoft.com/windowsserversystem/interop/default.mspx.
Mais bien auparavant et suite à une enquête du périodique Wall Street Journal, la revue spécialisée ZDNet a publié un article, en date du 18 juin 2001, sous le titre «Logiciels libres : le double jeu de Microsoft enfin démasqué ». dans cet article, Microsoft qui se défendait de ne jamais utiliser de logiciels libres, a du admettre qu'il employait le système d'exploitation libre FreeBSD, dérivé de Unix BSD, dans sa filiale Hotmail . Microsoft a trouvé que certaines fonctionnalités et l'efficacité de FreeBSD n'ont pas d'équivalent dans ses logiciels propriétaires pour assurer le bon fonctionnement du service Hotmail. D es fans du système FreeBSD ont déniché également d'autres morceaux de code de FreeBSD intégrés dans d'autres produits Microsoft, dont notamment Windows 2000.
En s'engageant sur la voie du code source et dans le cadre du programme GSP (Government Security Program), Microsoft a mis, en janvier 2003, à disposition le code source de windows (Windows 2000, Windows XP, Windows SERVER 2003 et Windows CE). Plus de 30 gouvernements et agences internationales ont bénéficié de cette licence de « source partagée », dont la Chine, la Russie, la Grande Bretagne, l'Espagne ou l'Otan. Par cette licence les bénéficiaires peuvent avoir accès aux mécanismes internes des logiciels. Ils peuvent également se rendre au centre de développement de Microsoft à Redmond et observer les diverses étapes du développement, des tests et du déploiement des codes sources de Windows. Puis en Septembre 2004, le code source de Microsoft Office 2003 est désormais en accès libre pour les membres du programme GSP. Les bénéficiaires peuvent prendre connaissance des détails de production de la suite bureautique incluant Word, Excel, PowerPoint, Outlook,…
Par ailleurs et en avril 2004 , Microsoft a décidé de diffuser le programme WiX (Windows installer XML) sous une licence Open Source. Ce programme est téléchargeable sur le site de SourceForge, portail communautaire ayant pour vocation de porter des projets Open Source. Le programme WiX est disponible sous licence CPL (Common Public License) qui autorise aux utilisateurs à effectuer des modifications de codes sources, puis réintégrer le tout au sein des produits commerciaux propriétaires. De ce fait, la licence CPL n'est pas compatible avec la licence GPL (General Public License) qui implique une redistribution libre des applications élaborées.
?Quand faut il migrer
Lorsqu'on achète une licence de logiciel commercial à code source fermé, ceci permet de gagner du temps dans la mise en œuvre des projets. Mais cette option implique une complète dépendance envers l'éditeur du logiciel suite aux orientations que souhaitent donner les gros clients au logiciel, et les améliorations dictées par l'évolution technologique.
L'utilisation d'un logiciel libre s'apparente à celle d'un logiciel commercial, le coût de licence en moins. L'entreprise est en effet presque autant dépendante de la communauté open source que d'un éditeur de logiciel. L'évolution du logiciel est, par exemple, dictée par les plus gros contributeurs (code ou argent) de la communauté qui le développe.
Il est évident que, dans la plupart des cas, la communauté des logiciels libres limite le monopole des éditeurs des logiciels propriétaires, fournit un degré de liberté pour accéder au savoir-faire et diminue le coût des logiciels. La grande question est de savoir quand faut il migrer, pour développer son système d'informations, des logiciels propriétaires vers des logiciels libres. Deux grandes raisons principales motivent le choix des logiciels libres : la maîtrise du savoir-faire, en disposant du code source et l'incidence financière en évitant de réinventer la roue et payer une fois encore ce qui avait déjà réalisé par d'autres.
Concernant la première raison, c'est en quelque sorte le degré de contribution aux efforts à la communauté internationale pour le développement des logiciels libre. Sachant que l'informatique n'est pas tout à fait une science mais plutôt une technique, c'est à la recherche scientifique de trouver des pistes pour développer cette technique qui, à son tour, contribue à faire évoluer la science. Aussi est-ce à l'université et aux équipes de recherche de participer avec la communauté internationale des logiciels libres, de faire évoluer cette technique, de garantir une accessibilité au savoir-faire technique et d'assurer pour leur pays un support durable. C'est en quelque sorte l'application de la première des trois libertés définies par Richard Stallman, père des logiciels libres et concepteur de la licence GPL. Si l'on se contente de télécharger et d'exploiter le code source d'un logiciel, et d'attendre une société Coréenne par exemple, pour arabiser les interfaces d'entrée/sortie d'un logiciel libre, on demeure à l'état de dépendance et la liberté du logiciel n'est pas totalement garantie.
Quant à la deuxième raison, une étude exhaustive du coût total de possession (TCO), rassemblant les coûts des licences, de la formation, de l'assistance et de la mise en place, est nécessaire. Les résultats d'analyse des deux critères combinés, à savoir le degré de liberté et l'importance du coût, servent de données de base à une migration planifiée des logiciels propriétaires vers des logiciels libres.