D’après un rapport élaboré par l’UNICEF en 2004 sur la situation des enfants dans le monde, sur plus de deux milliards d'enfants sur la planète, 86 % vivent dans les pays en voie de développement. Un milliard d'enfants vivent dans la pauvreté, 300 millions n'ont pas accès aux sources d'information (Internet, radio, télévision, journaux) et 140 millions ne vont pas à l'école. Ces statistiques montrent à quel point l’annonce du projet PC portable à 100 dollars au profit des enfants des pays en voie de développement, lors du Sommet de Tunis sur la société de l’information et de la communication (SMSI) en novembre 2005, avait constitué un événement parallèle marquant.
Dans le cadre de son association OLPC (One Laptop per Child ), à but non lucratif, Nicholas Negroponte, chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology) a conçu un projet qui vise à doter chaque enfant, en particulier ceux des pays en voie de développement, d’un ordinateur portable personnel à bas prix. Ces enfants défavorisés pourront, ainsi, bénéficier des moyens des technologies de l'information et de la communication pour améliorer leur niveau d'éducation et réduire les écarts qui les séparent des enfants des pays riches.
Le modèle de ce petit ordinateur portable, présenté au SMSI à Tunis le 17 novembre 2005 par Nicholas Negroponte, , est équipé d'un processeur de 500 MHz de fréquence d‘horloge, de 128 Mo de mémoire vive, d'au moins 500 Mo de mémoire flash, de ports USB, de composantes Wi-Fi pour des connexions aux réseaux sans fil, d’un écran à cristaux liquides capable de passer d'un mode couleur à un mode monochrome pour une consommation d'énergie minimale, d'une manivelle permettant de recharger la batterie. Pour l'instant, une minute de tours de manivelle est nécessaire pour 10 minutes d'autonomie de batterie.
Il est équipé d'un système d'exploitation basé sur le noyau Linux et utilisera des logiciels de base open source. Les systèmes d’exploitation propriétaires tels que Windows ou Mac OS ont été écartés du projet. Cet ordinateur ne sera disponible que pour les enfants, et distribué par les ministères de l’Education de leurs pays.
Jeudi 9 mars 2006, lors du salon des hautes technologies de Hanovre (Cebit), Microsoft a dévoilé un nouveau PC portable multimédia, l’Ultra mobile PC (UMPC). C’est, en fait, l’aboutissement prématuré du projet « Origami », concept d’un PC Ultra mobile dont la concrétisation est prévue pour 2007, que Bill Gates avait présenté en avril 2005 à la conférence WinHEC (Windows Hardware Engineering Conference) qui s’est déroulée à Seattle, aux Etats unis.
Ce nouveau PC sera équipé d’un processeur à 1 GHz de fréquence d’horloge, d’une mémoire vive de 512 Mo à 1 Go, d’un disque dur de 30 à 60 Go de capacité, d’un écran tactile de 7 à 8 pouces avec stylet, d’un clavier virtuel divisé en deux et pouvant apparaître dans les deux coins inférieurs de l’écran afin d’être commandé par les pouces, de 1 à 3 ports USB pour appareils photo ou autres clés et disques externes. L’appareil utiliserait les technologies Wi-Fi et Bluetooth et pourrait également disposer d’une option GPS qui permettra la navigation par satellite. Coté autonomie, une batterie haute capacité offrirait entre 3 et 8 heures d’autonomie. Les premiers modèles fonctionneront sous une variante portable de Windows XP puis, vers la fin de 2006, sous Windows Vista.
Quatre industriels vont lancer les premiers modèles au cours de cette année, il s’agit du coréen Samsung, du chinois Founder, du taiwanais Asus et du japonais PaceBlade. D’ailleurs Samsung a dévoilé son UMPC qui s’appelle Q1 au Cebit de Hanovre, en annonçant qu’il sera mis en vente dès le mois d’avril 2006. les autres constructeurs vont dévoiler tour à tour leur produit UMPC dans les jours qui viennent.
Le Q1 de Samsung est un PC ultra mobile, doté d'un écran tactile de 7 pouces, et fonctionnant sous une nouvelle version de Windows XP pour Tablet PC. Le pointeur se dirige grâce à un stylet, plusieurs touches permettent l'accès direct à différents menus, et un clavier virtuel s'affiche en deux parties, dans les deux coins inférieurs de l'écran, pour une écriture avec les pouces. Le Q1 est compatible WiFi, Bluetooth et dispose d'un lecteur de cartes Compact Flash, d'une prise casque et de deux entrées USB. Son autonomie est de 3h30, pour un poids de moins de 800 grammes.
Les ventes espérées, selon la firme Microsoft, sont aux alentours de 200 millions d'unités entre 2007 et 2008, dans une fourchette de 600 à 1000 dollars l’unité.
L’importante campagne de marketing orchestrée par Microsoft autour de l’UMPC a fait croire aux observateurs qu’elle vise essentiellement à concurrencer le baladeur numérique iPod de la société Apple ou la PlayStation portable de Sony. Mais, le milliardaire et l’homme le plus riche du monde a attaqué ouvertement le projet du portable à 100 dollars de l’association OLPC qui se bat pour faire aboutir une idée de nature sociale. Malgré que ce projet ait été soutenu en plus par les Nations Unies, Bill Gates a présenté, le 8 mars 2006, le nouveau PC portable Origami qui a été fabriqué conjointement avec le constructeur Samsung. Ensuite, il a critiqué d’un air moqueur le concept du PC portable à 100$ en disant : "La dernière chose que vous voulez dans un ordinateur à usage partagé, c'est qu'il soit sans disque dur…et qu'il ait un minuscule écran". Il a ajouté par ailleurs : "Le hardware représente une petite partie des coûts de production" tout en précisant qu’un coût non négligeable d’un ordinateur est alloué à l’équipement logiciel et à l’infrastructure nécessaire au fonctionnement du réseau qui permet la connexion entre ordinateurs.
S’agit t-il d’une concurrence déloyale ou d’une jalousie mal placée ? Les mauvaise langues disent déjà que Bill Gates dénigre le projet du PC à 100$ parce qu’il n’a toujours pas digéré que le système d’exploitation Linux ait été préféré à Windows pour l’OLPC. Les concurrents directs sur certains segments de l’informatique tels que Google et Red Hat participent en force à cette cause qui, au delà de l’aspect technique, permet de leur donner une bonne image médiatique, ce qui n ‘arrange pas bien sûr la compagnie Microsoft.
Derrière cette polémique, apparemment commerciale et sociale, se cache un problème de fond sur la perception de l’usage des ordinateurs : outil de communication ou outil de travail propre.
Une tendance est menée par Microsoft et les chercheurs d’IDC, premier groupe mondial de conseil et d'étude sur les marchés des technologies de l'information, en se basant sur les déclarations de Bill Gates en 2005 pour affirmer que l’outil du futur, c’est celui qui permet avant tout d’être relié au réseau, à savoir le téléphone mobile. Bill Gates utilisait cet argument contre l’iPod d’Apple, mais aussi contre le projet des ordinateurs portables à 100$.
Face à cette vision, les promoteurs du projet OLPC du MIT, à leur tête Nicholas Negroponte, Google, Redhat et d’autres considèrent que l’informatique permet de construire des choses tout autant que d’accéder à l’information. Seymour Paper, chercheur du MIT a déclaré à ce sujet : "Si nous pensons que la technologie est seulement un moyen d'accéder à l'information, et l'éducation un moyen d'accéder à l'information, nous devrions peut-être nous engager sur un téléphone mobile. Mais l'éducation n'est pas qu'une question d'accès. C'est aussi "faire" des choses. (…) Un ordinateur, même non connecté, est plus précieux qu'un téléphone connecté"
C’est donc la question de l’usage de l’informatique qui est en jeu. D’une part, ceux qui pensent que la priorité doit être donnée à l’accès à l’information pour tous, et ce au détriment de la puissance informatique et de la créativité. D’autre part, ceux qui pensent que l’informatique, plus qu’un vecteur de communication, est aussi un outil d’apprentissage qui permet de créer et de construire, nécessitant plus qu’une connexion sur le monde extérieur. L’orientation stratégique au niveau mondial sera t’elle l’une ou l’autre des deux tendances, ou bien un équilibre entre les deux. Tout dépendra, en grande partie, de l’évolution et des choix technologiques des pays en voie de développement.