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Smsi – Tunis 2005

Les moments forts

 


Abdelmajid MILED
Ingénieur Informaticien

Spécialiste en TIC





Paru dans le journal "La Presse", le samedi 3 décembre 2005
 
 

La 2ème phase de Tunis du Sommet mondial sur la société de l’information, avec plusieurs dizaines de milliers de participants, a battu, et de loin, les records de participation d'un rassemblement organisé sous l'égide des Nations unies. Le Sommet de Tunis a également été "le sommet des solutions" comme l’a répété, à maintes reprises, M. Yoshio Utsumi, Secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications, tout au long du processus préparatoire du Sommet de Tunis après que le Sommet de Genève 2003 eut été dans l’incapacité de résoudre certains problèmes liés, notamment, à la gouvernance de l’Internet et aux mécanismes de financement de la fracture numérique.

 

Une organisation sans faille

 

Les efforts déployés sur le plan organisationnel et matériel,  exceptionnellement dans les derniers mois qui ont précédé le déroulement du Sommet, ont porté leurs fruits. La Tunisie a démontré une nouvelle fois sa capacité à organiser les grands évènements mondiaux et à accueillir un grand nombre de visiteurs en même temps. Cette fois ci, c’est la première fois que le nombre de participants dépasse les 20 mille dans les dix Sommets organisés par l’ONU, depuis ses 60 années d’existence.

Du côté de l’exposition et des évènements parallèles, on ne peut qu’enregistrer avec grande satisfaction la présence d’un bon nombre des plus grandes  sociétés multinationales telles que Microsoft, Alcatel, Intel, ZTE, Huawei, etc. dans l’espace d’exposition ayant pour thème « ICT4All », organisée par la Tunisie en marge du Sommet,  aux côtés des sociétés tunisiennes spécialisées dans les technologies de l’information et de la communication.

Tous les participants à la seconde phase du Sommet mondial sur la société de l'information : délégations représentant les Etats, organismes des Nations Unies, entreprises du secteur privé et organisations de la société civile, ont été unanimes à qualifier le Sommet de Tunis de «succès retentissant».

 

Le Sommet des solutions

 

Vendredi, 18 novembre 2005, lors de la cérémonie protocolaire de clôture des travaux du Sommet, M. Utsumi avait du mal à cacher sa joie, en présentant les deux principaux documents adoptés par le Sommet : « l'Engagement de Tunis » qui exprime une volonté politique forte de la communauté internationale de réduire la fracture numérique entre les nations et « l'Agenda de Tunis de la Société de l'Information »  qui comporte des actions concrètes et planifiées à l’horizon 2015, permettant à toute l’humanité d’accéder aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. M. Utsumi relevait que cette rencontre mondiale était une grande victoire par rapport aux deux principaux points inscrits à l'ordre du jour :

 

1)      D'abord sur la gouvernance d'Internet, monopolisé comme on le sait par les Etats-Unis d'Amérique, l'accord décisif négocié a reconnu la nécessité de renforcer la coopération pour faciliter la tâche des gouvernements et de toutes les parties prenantes.

Cet accord repose sur un certain nombre de principes : tous les gouvernements devraient assumer un rôle égal et des responsabilités égales dans la gouvernance de l'Internet, ainsi que dans le maintien de la stabilité, de la sécurité et de la continuité de ce réseau; les pays ne devraient pas intervenir dans des décisions concernant les noms de domaine de premier niveau correspondant à des codes de pays (ccTLD : country code Top Level Domain); et enfin, il est nécessaire de renforcer la coopération des parties prenantes en ce qui concerne les politiques publiques applicables aux noms de domaine génériques de premier niveau (gTLD : generic Top Level Domains).

Un autre élément important traduisant un consensus entre les antagonistes est  la création d'un nouveau Forum sur la gouvernance de l'Internet qui sera convoqué par le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, pour susciter et encourager entre les multiples parties prenantes un dialogue sur les questions de développement et les questions de politique publique. Ce nouveau Forum devrait tenir sa réunion inaugurale à Athènes ? au cours du premier semestre de 2006. Ce forum facilitera l'échange d'informations et aidera à trouver les solutions aux problèmes découlant de la mauvaise utilisation de l'Internet. Le Sommet de Tunis a donc réussi à fonder une nouvelle institution de régulation de la Toile.

 

2)      L'autre grande question concernait les mécanismes de financement de la fracture numérique entre les pays riches et les pays pauvres :

Outre l’adoption et la matérialisation de l'idée du président sénégalais, M. Abdoulaye Wade, ayant entraîné la création du Fonds de solidarité numérique, l'accent est mis sur l'importance d'assurer à tous les citoyens un accès aux communications qui soit de qualité et d'un coût abordable, et sur les inégalités actuelles. Le document adopté à Tunis recense, également, les domaines où les mécanismes actuels de financement pourraient être améliorés et où les technologies de l’information et de la communication pourraient être considérées comme prioritaires, aussi bien par les pays en développement que par leurs partenaires de développement.

 

Deux stars parmi d’autres

 

L’innovation "One Laptop per Child" (Un portable par enfant) à 100$ était  attendue avec engouement à l'exposition « ITC4All ». L'appareil, de la taille d'une ardoise d’écolier, muni d’une recharge à manivelle qui lui permet de fonctionner dans des régions ne disposant pas d'électricité, dispose néanmoins d’un processeur à 500 Mhz, d’une mémoire flash de 1Go, d’une carte wi-fi et des ports USB, d’un écran à cristaux liquides pour moins de 35$, et tourne avec un système d'exploitation à base de noyau Linux. Tous les ingrédients sont présents pour fabriquer un portable à bas prix.

Mis au point par le MediaLab du MIT (Massachusetts Institute of Technology), l’idée, qui est devenue réalité, est de fournir des ordinateurs gratuits aux enfants des pays pauvres qui n'ont pas les moyens d'acheter cet appareil.

D’après l’UNICEF, on compte dans le monde plus de deux milliards d’enfants, dont 86% dans les pays en développement. Parmi eux, un milliard (soit un enfant sur deux) vivent dans la pauvreté.

Épaulée par cinq grandes entreprises pour assurer sa fabrication (Advanced Micro Devices, Red Hat, Google, News Corp., et Brightstar Corp.), l’équipe prévoit de produire 5 à 15 millions de ces PC en 2006, et jusqu'à 10 fois plus d'ici la fin 2007.


L’autre grand événement est l’intervention de Richard Stallman, président et fondateur de la "Free Software Foundation", l’initiateur et le fervent défenseur des logiciels  libres dont les codes sont ouverts et accessibles à tous.

Venu pour participer au Sommet de Tunis, Stallman a, encore une fois, ravi l’auditoire par son intervention devant une salle pleine. Selon lui, le logiciel libre est une exigence morale pour la liberté et le partage des connaissances. Il a qualifié le modèle du logiciel propriétaire de système de colonisation des temps modernes. Voici un passage de son intervention: "Les entreprises des logiciels propriétaires sont des colonisateurs des temps modernes. Elles transforment des communautés et des nations en état de dépendance. Ils produisent des logiciels qui ne peuvent être contrôlés que par eux. De plus, pour maintenir leur mainmise sur des nations, ils recrutent et choisissent des élites locales. Ces dernières pour garder leurs rangs sociaux sont obligées de protéger les intérêts de leurs entreprises; donc de servir le colonisateur et de coloniser leurs propres pays."

 

Tous impliqués

 

La Tunisie n’a ménagé aucun effort pour assurer au Sommet toutes les conditions de réussite. Elle s’est souciée, également, de favoriser les solutions devant permettre à tous, sans  exclusion aucune, d’accéder aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. C’est le sens du message du Président Zine El Abidine Ben Ali, dans son discours de clôture: «…Le Sommet de Tunis aura été le Sommet des solutions pour relever les défis, gagner les enjeux et limiter l’élargissement du fossé numérique entre les divers pays, et garantir un accès équilibré au savoir pour tous les peuples… grâce aux efforts conjugués de toutes les parties ».

Le challenge réside maintenant dans l'application effective des résolutions pour lesquelles l'implication de chacun est non seulement recommandée mais impérative.  

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