Ce n'est pas la première fois que des innovations technologiques sont à l'origine de modifications profondes de la société. Hier, l'apparition de l'électricité ou de la machine à vapeur. Aujourd'hui, l'informatique, les télécommunications et l'Internet.
D'une part, l'informatique permet de digitaliser les informations et de les traiter. D'autre part, les nouveaux moyens de télécommunication permettent d'échanger la connaissance. Ces nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) changent donc profondément la vie au quotidien des citoyens, le fonctionnement des entreprises, de l'État.
Les NTIC peuvent également être à l'origine de nouvelles formes d'exclusion sociale. On parle, dès lors, de fracture numérique. De nombreuses actions politiques peuvent être mises en place pour lutter contre la fracture numérique. Il s’agit, alors, d’inclusion numérique.
a) La fracture numérique
La fracture numérique est une expression issue de la terminologie anglaise « digital divide ». Cette notion nous provient des États-Unis où elle a émergé, au cours des années 90, pour décrire le fossé qui se creusait entre ceux qui avaient accès aux nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC) et les autres. Au départ, il s'agissait de déterminer quels groupes démographiques aux États-Unis risquaient d'être laissés pour compte, particulièrement au vu de la popularité grandissante d'Internet. Cette expression a vite pris une connotation politique lorsque l'administration américaine de l'époque, le président Bill Clinton et le vice-président Al Gore, a fait de l'accès aux NTIC une priorité gouvernementale. Les programmes prioritaires consistent à favoriser l'accès des minorités à l'Internet. Dès 1994, Al Gore disait dans ses discours qu'Internet permettrait l'avènement d'une démocratie en ligne. C'est d'ailleurs lui le premier qui a qualifié le réseau Internet de « autoroutes de l'information ». Et le président Clinton envisageait en 1997 de connecter chaque salle de classe et bibliothèque à Internet à l’horizon 2000, et chaque logement, à l’horizon 2007.
De l’autre côté de l’atlantique, l'expression fracture numérique a été calquée sur celle de fracture sociale employée par Jacques Chirac, lors de la campagne présidentielle de 1995.
Sous cette expression se regroupe l'ensemble des inégalités liées au domaine des NTIC. Ce sont principalement des inégalités dans l'usage et l'accès au réseau Internet et aux téléphones portables, mais aussi dans l'usage et l'accès au téléphone et à l'ordinateur. On parle parfois aussi de fracture digitale ou de fossé numérique.
L'existence et l'évolution d'une fracture numérique, au sein d'une population, peuvent être évaluées en tenant compte d'indicateurs tels que le nombre d'utilisateurs d'Internet, le nombre d'ordinateurs connectés. Cependant, ces indicateurs ne permettent pas, en eux-mêmes, de déterminer les usages des TIC par ces populations. Voici quelques indicateurs qui illustrent les inégalités liées au réseau Internet :
Bien que le pourcentage de la population du continent africain par rapport à la population mondiale, environ 13%, soit très proche de celui du continent américain, le pourcentage des internautes est de 2,6% en Afrique et de 31% en Amérique. Aux Etats-Unis d’Amérique, en 2004, deux citoyens sur trois accèdent au réseau Internet, alors que seulement un citoyen sur 500 au Bengladesh, un citoyen sur 1000 au Burkina Faso et un citoyen sur 1400 au Tajikistan, accèderait à ce réseau.
Une autre manière de constater la réalité et l'importance de la fracture numérique : c’est la comparaison des langues utilisées sur le réseau. En effet, bien que la langue chinoise soit de loin, la première langue mondiale, seulement 13.7% des internautes ont le chinois pour langue maternelle. De même, anglais et espagnol sont deux langues maternelles aussi courantes l'une que l'autre dans le monde et pourtant, 35% des internautes parlent anglais pour seulement 9% espagnol.
b) L’inclusion numérique
L'inclusion numérique qui provient du terme anglais « e-inclusion » est une expression relativement nouvelle désignant les manières de lutter contre la fracture numérique à travers l'ensemble des politiques destinées à mettre en place une Société de l'Information inclusive et non exclusive.
A l’aube de la révolution numérique basée sur les NTIC, le fossé entre la connaissance et l'ignorance ne cesse de s'élargir, l'écart dans l’utilisation des NTIC pour les besoins de développement entre les riches et les pauvres, d'un pays à l'autre et à l'intérieur d'un même pays, ne cesse de se creuser. Reconnaissant que cette nouvelle dynamique nécessitait l'organisation d'un débat au niveau mondial, , suite à une proposition du de la Tunisie, l'Union internationale des télécommunications (UIT) a décidé lors de sa Conférence de plénipotentiaires de Minneapolis en 1998, d'organiser un Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), afin que les pays s’efforcent de réduire cette fracture numérique et d'accélérer la réalisation des objectifs de développement pour le Millénaire en utilisant les TIC. En 2001, le Conseil de l'UIT a décidé que le Sommet aurait lieu en deux phases, dont la première se tiendrait du 10 au 12 décembre 2003 à Genève, et la seconde du 16 au 18 novembre 2005 à Tunis.
Lors de la phase de Genève, les gouvernements de 175 pays ainsi que d'éminents représentants d'organisations internationales, du secteur privé et de la société civile ont adopté les politiques et les engagements à mettre en œuvre, progressivement et selon les possibilités de chaque pays, à l’horizon 2015. Ces politiques visent l'édification d'une société de l'information inclusive qui exige de nouvelles formes de solidarité, de partenariat et de coopération entre tous les Etats, le secteur privé, la société civile et les organisations internationales. Cette société de l’information est inclusive, entre autres, par la mise en place d'infrastructures et d'applications de réseau d'information et de communication suffisamment développées, adaptées aux conditions régionales, nationales et locales, facilement accessibles et financièrement abordables. Afin d'assurer l'accès universel à l'infrastructure et aux services TIC dans les zones défavorisées, il y a lieu d’installer des points d'accès public dans des endroits tels que bureaux de poste, écoles, centres de soins, centres de services sociaux, bibliothèques et archives.
Afin d’assurer cet accès universel, notamment dan les zones défavorisées, le laboratoire de recherche du MIT (Massachusetts Institute of Technology) lancera à l'occasion du sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui se déroulera du 16 au 18 novembre 2005 à Tunis, le projet « l'ordinateur portable à 100 dollars » en faveur des enfants des pays en voie de développement. L'ordinateur disposera d'un processeur à 500Mhz, d'une mémoire flash de 1Go, d'une carte Wi-Fi et de 4 ports USB. Son écran est d'une taille de 12 pouces, il s'affichera en couleur ou en noir et blanc, par pression d'un bouton ou selon la luminosité ou l'usage déterminé par un 'switch' logiciel, son prix est estimé à 35 dollars. Son système d'exploitation sera Linux. Sa batterie pourra être rechargée manuellement à l'aide d'une manivelle, au vu des problèmes d'accès à l'électricité dans les pays pauvres.